28 mars 2007
cannibalisme pendant le génocide (Source agence Hirondelle)
Arusha, 13 mars 2007 (FH) - Trois Rwandais, deux hommes et une femme, ont été condamnés la semaine dernière à 27 ans d’emprisonnement par un tribunal populaire gacaca de l’ouest du Rwanda pour avoir tué des Tutsis et mangé leurs cœurs pendant le génocide de 1994, rapporte lundi le quotidien rwandais, le New Times.
Jean Bosco Habimana, Daniel Vuningoma et Stéphanie Mukandutiye ont été condamnés par le tribunal gacaca du secteur Kamembe, dans la Province de l’Ouest, écrit le journal.
Selon des témoins cités par le New Times, les condamnés ont tué des Tutsis et fait rôtir leurs cœurs avant de les manger.
Les juridictions semi-populaires gacacas, animées par des juges bénévoles désignés au sein de la communauté, sont chargées de juger la plupart des responsables présumés du génocide de 1994 qui a fait, selon Kigali, près d’un million de tués, essentiellement au sein de l’ethnie tutsie.
Inspirées des anciennes assemblées villageoises lors desquelles les « sages », assis sur le gazon (gacaca, en langue rwandaise), réglaient des différends opposant des membres de la communauté, ces juridictions semi- traditionnelles ont été pensées dans le but de vider le lourd contentieux du génocide de 1994.
Elles sont animées, dans tout le pays, par un total d’environ 200. 000 juges qui ne sont pas des juristes mais des personnes élues au sein de la communauté, sur la base du critère unique de l’intégrité.
Le gouvernement rwandais s’est donné pour objectif de terminer cette année les procès devant les gacacas qui ne sont, cependant, pas compétentes pour les planificateurs présumés du génocide ou les accusés de viol. Ces derniers comparaîtront devant les tribunaux conventionnels.
30 mars 2007
Un documentaire annonce la découverte du "tombeau de Jésus" et de son fils
Par Catherine HOURS
NEW YORK (AFP) - Un documentaire produit par le réalisateur de "Titanic" James Cameron affirme que Jésus est enterré en Israël au côté de Marie-Madeleine avec qui il aurait eu un fils, une thèse qui a aussitôt déclenché une polémique.
Selon "Le tombeau perdu de Jésus", réalisé par l'Israélien Simcha Jacobovici, le tombeau, découvert dès 1980, se trouve à Talpiot, un quartier de Jérusalem, et des analyses permettent aujourd'hui d'affirmer qu'il aurait renfermé le corps de Jésus mais aussi de sa compagne et de leur fils, prénommé Judas.
"En tant que documentariste, je ne dois pas avoir peur de chercher la vérité", a dit lundi James Cameron, lors d'une conférence de presse à la Public Library (bibliothèque) de New York , évoquant la présence de "preuves tangibles et inédites" de l'existence physique de Jésus.
Le film pourrait en tout cas bien déclencher une nouvelle controverse à la "Da Vinci Code", qui lui aussi insistait sur le caractère très "terrestre" de Jésus, même si Cameron se défend de toute volonté polémique.
"Je sais qu'on va dire que l'on tente de saper le christianisme. C'est loin d'être le cas. Cette enquête salue l'existence réelle de ces personnes"
Le film, qui sera diffusé le 4 mars sur la chaîne câblée Discovery Channel, s'appuie sur la présence de plusieurs noms hébreux inscrits sur les cercueils du tombeau: Yehoshoua Ben Yossef (Jésus fils de Joseph), Yéhouda Bar Yehoshoua (Judah fils de Jésus), Marthe et Myriam (Marie).
L'ADN du contenu des ossuaires "Jésus fils de Joseph" et "Mariamene e Mara" a aussi montré que ces deux personnes n'avaient pas de lien sanguin. Comme la présence dans le même tombeau suggère un lien familial, le film avance que Jésus et Marie-Madeleine ont pu former un couple.
Le documentaire s'appuie aussi sur un modèle statistique pour contourner l'argument de la fréquence de ces noms à l'époque: étudiant la probabilité de trouver tous ces noms ensemble, Andrey Feuerverger, professeur de mathématiques à l'Université de Toronto, conclut que la probabilité est de 600 contre 1 que le tombeau de Talpiot est bien celui de Jésus.
Pourtant la théorie est déjà contestée par d'autres, comme Amos Kloner, éminent archéologue israélien, pour qui le documentaire n'apporte "pas de preuve scientifique". "C'est un tombeau juif du premier siècle après J.C.", a-t-il déclaré à l'AFP. "Les noms visibles sur six des ossuaires sont très intéressants, car ils rappellent ceux des principaux personnages du Nouveau Testament. Mais qui dit que +Marie+ est Madeleine et que +Judas+ est le fils de Jésus? Cela ne peut être prouvé".
Selon M. Kloner, sur les 900 tombeaux retrouvés autour de la vieille ville de Jérusalem et datant de la période du Second Temple, le nom de Jésus revient 71 fois - bien que sans la mention "Jésus fils de Joseph".
L'Autorité des antiquités israéliennes a pour sa part refusé de commenter, bien qu'en 1996 un porte-parole ait évalué à "proche de zéro" la probabilité que la tombe de Talpiot soit celle de Jésus.
En attendant, des organisations chrétiennes n'ont pas tardé à faire connaître leur mécontentement.
Le pasteur Rob Schenck, président du Conseil national du Clergé, a dénoncé lundi "une fiction hollywoodienne déguisée en fait scientifique". "Depuis des années, Hollywood attaque le christianisme", regrette-t-il, citant le précédent du "Da Vinci Code". "En affirmant que les restes de Jésus sont redevenus poussière, avec ceux de membres de sa famille, le cinéaste hollywoodien nie la divinité du fils de Dieu et sa victoire sur la mort. Cameron veut clairement planter un pieu dans le coeur du christianisme".
Pour les Eglises catholique et orthodoxe, la tombe du Christ se trouve sous l'église du Saint-Sépulcre à Jérusalem, tandis que les protestants la situent plus au nord, hors des murs de la vielle ville.
(Source: http://www.orinfor.gov.rw/DOCS/lnr.htm)
05 avril 2007
Press Release: A New 250 Page Book by African Rights: Go If You Die, Perhaps I Will Live (MURAMBI)
On 7 April 2007, Rwanda will begin to mark the 13th commemoration of the 1994 genocide
with a ceremony at Murambi in Gikongoro. Now a national genocide memorial site,
Murambi was a school under construction in 1994. It contains the remains of some of the
50,000 Tutsi men, women and children who died there, a testimony to the atrocities that took
place “under the cover of night” on 21 April 1994. Murambi is set to become a genocide
education and prevention centre. It is particularly appropriate that the site previously intended
as a school should be reclaimed as a place of learning and reflection. Yet this in itself is a
reminder that the losses of the genocide were also losses for villages, regions and the entire
country. Instead of a school, serving the community, Murambi became a wasteland of
unfulfilled skills, ideas, talents and energies.
As a contribution to this year’s commemoration, African Rights is publishing a book
dedicated to Murambi. “Go. If You Die, Perhaps I Will Live”: A Collective Account ofweaves together the
Genocide and Survival in Murambi, Gikongoro, April-July 1994
testimonies of 91 survivors, witnesses and perpetrators to create an intricate and nuanced
narrative. It is an unrelenting, painful and moving account that provides a stark insight into
the 1994 genocide. It stands alongside the physical preservation of the massacre to enable an
accurate interpretation of the visual record of horror that lies there and aims to support the
work of genocide prevention.
Survivors bravely recount terrifying experiences of seeing their homes going up in flames,
navigating deadly roadblocks and witnessing the murder of their parents, children, wives,
husbands, siblings and sometimes of their entire families. Overwhelmingly, the book
documents extreme suffering and loss beyond measure. No explanation of the genocide could
ever be adequate, but the contributions from militiamen provide important insights into the
pressures and inducements Hutu males in particular faced, as well as into the planning and
execution of the bloodshed. They speak about the civilian and military officials who incited,
armed and organized them, detail the extent of their crimes and reveal the identities of some
of those who died at their hands.
In recording these memories, and in publishing a partial census of the dead, African Rights
hopes to ensure that the victims of Murambi are remembered in Rwanda, internationally and
by future generations, and also to encourage recognition within affected communities. By
drawing on the words of individuals from diverse backgrounds, “Go. If You Die, Perhaps Idemonstrates the potential in Rwanda for a collective understanding of the
Will Live”
genocide that can emerge through dialogue and education.
3
The Road to Murambi
The death of President Juvénal Habyarimana on 6 April 1994 sparked the genocide of Tutsis
throughout Rwanda. In Gikongoro préfecture, interahamwe militiamen began to set fire to
their houses as early as the 7th. They deserted their homes en masse. From the communes of
Mudasomwa, Kinyamakara, Karama and Nyamagabe, streams of refugees set out on journeys
that would eventually end on the crest of a hill in Murambi, on the outskirts of Gikongoro
town, in the commune of Nyamagabe.
Many first took sanctuary in the spacious Catholic Bishopric located in the town of
Gikongoro which was soon overflowing with frightened refugees. “No one helped us,”
commented Annonciata Muhayimana who had trekked from Mudasomwa with young
children. Even worse, added Domina Uwariraye, was the violence and the fear.
Some refugees were abducted and killed, and some of the women were raped by soldiers and militiamen. The local residents came by and told us that our end was in sight .
Beginning Sunday 10 April, senior officials transferred all the refugees to Murambi. Most
made their way by foot. The operation was directed by the préfet (governor), Laurent
Bucyibaruta; Col. Aloys Simba, a retired officer who, in 1994, was appointed as the head of
civil defence for the préfectures of Gikongoro and Butare; the deputy head of the gendarmerie
for Gikongoro, Captain Faustin Sebuhura: and the bourgmestre (mayor) of Nyamagabe,
Félicien Semakwavu. Eugénie Mushimiyimana recalled the reasons they gave for the move.
Bucyibaruta and Semakwavu told us that they considered Murambi a more appropriate place because it was isolated and had the necessary watchmen and water.
The strategies for the genocide in Gikongoro were debated and decided upon at a critical
meeting on 13 April in the office of the préfecture where Bucyibaruta, Simba and Sebuhura
spelt out the aims and gave directives. Désiré Ngezahayo, the bourgmestre of commune
Karama, spoke of the rationale behind the forced exodus to Murambi.
Simba reassured us that getting the Tutsis to congregate in the same place was a way of setting an effective trap for them.
As the turmoil and panic spread, tens of thousands more headed directly for Murambi. A
series of formidable roadblocks, established across the commune to monitor and control the
movement of Tutsis, punctuated, and sometimes terminated, their journeys. The roadblock at
Kabeza, a collection of shops about one kilometre south of Murambi, initially served as a
gateway to channel as many Tutsis as possible up the hill. But later on, when Emmanuel
Nyirimbuga was on duty, David Karangwa, a court clerk, and deputy-préfet Frodouald
Havugimana, came to announce a change in strategy.
They said the large number of Tutsi refugees in the camp could put the local Hutu population at risk. They told us to start checking the identity cards of everyone who came through and to execute on the spot anyone whose card showed them to be Tutsi.
4
Some of Léocadie’s companions were indeed murdered, and women like her were taken aside
and raped.
The interahamwe killed all the men and a few women. Some other women, including my brother’s fiancée and I, were taken to bushes not far from the site to be raped. I was raped by five strangers.
Those who made it to Murambi were at first relieved to have come to the end of their journey,
but they soon realized the predicament into which they had been led.
“Facing Death Through Hunger and Thirst”
The refugees were crowded into Murambi for about ten days. But Francine Mutuyimana, a
child of 11, lost all sense of time. Her days in the camp “felt like years because of the torment
we endured.” They were frightened and some were severely traumatised. Others were sick or
injured and all were extremely hungry and thirsty. Surrounding the perimeter of the camp was
an iron fence. Officials told the refugees that the soldiers manning it were there to keep them
from harm. But constant physical and verbal threats made them increasingly sceptical.
Promises of security were never honoured, commented Valérie Mukamana.
The interahamwe threw stones at us from outside the school buildings.
In reality, added Julienne Umugwaneza, the soldiers watched over them “so that no-one could
escape.”
Few had had the time, or the presence of mind, to carry food with them when they deserted
their homes, and the guards did not allow them to fetch provisions or purchase food from the
shops nearby. The lack of water was particularly unbearable. The presence of armed men all
around them made it virtually impossible to fetch the water that was plentiful in a stream
close to the school. The refugees drew strength from pooling their meagre resources.
Bernadette Mukamugenzi and the other refugees huddled in the same building shared a single
sack of rice.
It was finished in a few days because it was divided up among lots of people. We couldn’t eat while seeing neighbours’ children crying with hunger.
But solidarity and generosity notwithstanding, supplies were scant and hunger, dehydration
and untreated wounds were all too common, and claimed the lives of some refugees. The few
who tried to help were thwarted and turned away.
“Get Ready to Begin the War”
As conditions inside the camp deteriorated, outside its iron fence, military and civilian
officials prepared the Hutu population for what they described as a war of self-defence. The
days between 18-20 April were devoted to twin challenges: firstly, to generating fear and
distrust of the Tutsis in the camp among Hutus living in the vicinity, particularly males, in
order to convince them of the need for a showdown, and secondly, to drawing in forces from
further afield.
5
On 18 April, Bucyibaruta and Sebuhura visited Mudasomwa, a commune whose interahamwe
would come to distinguish itself in the massacres, not only in Murambi but even beyond the
borders of Gikongoro. Sylvestre Maniraho recalled the appeal that would eventually win him
over.
Bucyibaruta told us: “We have come to ask you to lend us a hand in the war that we are going to wage against the Tutsis. I’m speaking about those who have gathered in Murambi. They are prepared to exterminate you. The vehicles to take you are available. If you don’t have fuel, the Petrorwanda petrol station is inexhaustible.”
Similar calls to come armed to Murambi reached militiamen across Nyamagabe and
bordering communes and many convened on the hills overlooking Murambi on the 19th. The
mission was aborted because there were not enough men to mount a successful offensive
against such a massive crowd of refugees.
Instead, the 19th was given over to a visit by the president of the interim government,
Théodore Sindikubwabo, who met with Bucyibaruta and senior officials in Gikongoro town.
Sindikubwabo’s message, according to Joseph Ntegeyintwali, a deputy-préfet, was “to kill all
the Tutsis who had congregated in Murambi and Cyanika.” The participants intensified the
propaganda tours, the recruitment efforts and the distribution of arms. To spare them, and to
enlarge what was seen as a battlefield, Hutu families in the area were relocated to a school in
town.
In the early hours of 21 April, David Havugimana took up his machete when Sebuhura, in the
company of other officials, came and announced: “‘All the men should wake up! We want
their help to go and fight the Tutsis in Murambi!’” Havugimana and thousands of other
interahamwe gathered at Kabeza. Standing guard at the roadblock there, Emmanuel
Nyirimbuga watched as armed men congregated around his post.
By 3:00 a.m., Kabeza was swarming with interahamwe and more were arriving all the time. Then the gendarmes came with guns, grenades and other weapons I had never even seen before.
The militiamen were then given a series of instructions from their leaders and told of the
tactics to employ. They covered their faces with a variety of leaves, both as camouflage and
as a means of distinguishing themselves from those whose lives they were to take.
Semakwavu, said Havugimana, cheered on the militiamen, telling them: “‘You must get ready
to begin the war against the Tutsis!’”
“Blood Flowed Like a River”
At 3:00 a.m. on 21 April, Bucyibaruta, Simba, Semakwavu, Sebuhura and Havugimana,
amongst other officials, had gathered at Murambi, together with the gendarmes and
militiamen who would follow their lead. The massacre that would leave an estimated 50,000
people dead began when they told the gendarmes to open fire. In a well-calculated effort to
maximize the effectiveness of the bombardment, civilians armed with traditional weapons
6
encircled the camp. Refugees who tried to dodge the grenades and bullets confronted this
barricade of militiamen, including Gaspard Ayirwanda.
The sky had turned red because of the bullets and the grenades. Our group took up a position at the entrance of the camp. We were told to mow down the Tutsis who wanted to force their way through our wall. It was easy to pick them out because, unlike us, they weren’t wearing
The refugees in the large courtyard at the entrance to the school—mostly men and boys— were the first to feel the impact of the firing. They fought back courageously, hurling stones from the courtyard and from the large administrative building. Grâce Mukantarindwa, then 19, was among the women and girls who backed them up by supplying the stones. “They died after battling desperately,”,, she said. They were no match for the well-armed and experienced gendarmes. “It was a hopeless fight,” concluded Grâce.
Déo Nsengiyumva, aged 24 at the time, saw his father and many other men succumb to the
burst of the first grenade.
They didn’t die right away; they remained there, barely breathing. Everyone was engaged in the fight. And since there were so many attackers, we couldn’t even move them away from the grenades and bullets that were coming down like rain. I heard all sorts of noises: cries of pain from the dying, women praying, children screaming, wounded men asking us not to die without a fight and, of course, gunshots.
The ammunition ran out at about 6:00 a.m., and a certain Mureramanzi, described as “an
excellent driver”, was sent to replenish the ammunition from the gendarmerie camp. After a
short pause, the detonations and the gunshots began again at 6:20 a.m. and lasted until 9:00
a.m. But the massacre continued on as peasants and militiamen, brandishing machetes,
swords, axes and nail-studded clubs known as massues, entered the school grounds to finish
off the wounded and the dying. Didacienne was in one of the classrooms at the back of the
school grounds.
They went straight for my grandmother and struck her on the forehead with a machete. She immediately fell to the ground. There were close to 40 people in the room. They lashed out blindly with their machetes, hitting every part of the body indiscriminately. My grandfather was also slashed with a machete. At least four men struck each victim. My brother’s skull was fractured by a rock.
Not knowing where to go, Marie Mujawimana just bolted out of the two-storey building.
The wounded staggered around us, screaming. We dispersed as people tried to run from the grenades and the guns. There were dead bodies and wounded refugees falling from upstairs and tumbling down to the courtyard. Even some who hadn’t been touched leapt out because they were so completely petrified.
Marie and others either took cover in the bushes and banana plantations, headed to the homes
of relatives and friends or set out on the route north towards the Parish of Cyanika in Karama
which sheltered over 10,000 Tutsis. The refugees who were still alive in the school feigned
death underneath heaps of bodies or by smearing themselves with blood.
7
Around 10:30 a.m., Bucyibaruta, Semakwavu, Simba and Sebuhura stood around the camp
with the militiamen. They offered congratulations, but indicated that the work was not over.
Vincent de Paul Nsabiyera, who had made his own contribution, heard Bucyibaruta’s address.
The préfet thanked everyone, especially the interahamwe from Mudasomwa, for what had been accomplished. Cars were put at the disposal of the bravest so they could go and lend a hand to the militiamen of Karama who had also begun to exterminate the thousands of Tutsis at Cyanika.
After being assured that the Tutsi-owned stores in town would be theirs to loot once they had
completed the new task at hand, the men from Mudasomwa were immediately driven to
Cyanika. The other militiamen turned their attention to the possessions of the dead on the
school grounds and also in Gikongoro town. Cows, money, and later land, were among the
most sought after treasures, but even bloodstained clothing, mattresses and cooking utensils
were taken by the militia and local residents, including women and girls. Jean-Pierre
Sindikubwabo made sure he got his reward.
I managed to take a bloody mattress. I wasn’t embarrassed to carry it on my head.
Blood trailed behind me on the road. I washed it at the police camp. There were no
roadblocks to stop us. Everyone was satisfied with the mass killings.
“Plunged Back into the Horror”
Within a few days of the start of the genocide, Tutsis from the communes of Karama,
Rukondo and Kinyamakara filled all the buildings at the Catholic Parish of Cyanika,
including the church and its adjacent enclosed courtyard, the health centre and the primary
school. Some of the survivors from Murambi, like Marie-Chantal Mukamunana, ran to
Cyanika on the 21st.
We had left Murambi with approximately 1,500 people, but not more than 200 actually reached Cyanika. Many were massacred along the way and others drowned in the Muzirankwavu river, which had flooded over because of the recent rains. I almost drowned myself, but the water threw me to the opposite bank and I continued to run.
As Grâce moved from Murambi to Cyanika, one thought was uppermost in her mind: to urge
the refugees at Cyanika to flee to Burundi. But as soon as she got inside the church gates, at
about 11:00 a.m., she found herself “plunged back into the horror again.” The men from
Mudasomwa, who had been singled out for their “sterling performance” in Murambi, and
militiamen from other communes, had joined forces with their counterparts in Karama. Grâce
found the massacre eerily familiar.
The killings followed exactly the same pattern as Murambi, beginning with guns and the lobbing of grenades. They used firearms for a long time.
During the second phase, men armed with traditional weapons found Grâce.
This time, I didn’t escape. I was hit in the face with a machete, on the left side.
8
She drifted in and out of consciousness and realized, when she saw their corpses, that the
people she had hoped to save with a timely warning, had been killed.
“Death Wasn’t Ready For Me”
Those who had the good fortune to leave Murambi and Cyanika with no wounds or minimal
injuries faced immediate and continued danger outside, as militiamen persisted in a
meticulous hunt for survivors. Given the impossible odds, it is not surprising that the women,
men and children who gave their testimonies attribute their survival to sheer luck.
After leaving the massacre site, Collette was distraught, traumatised and “so afraid of being
hacked up by a machete,” that she tried to take her own life.
I threw myself into a small stream that was nearby, but I didn’t die. I told myself that death wasn’t ready for me.
For Collette and many others, luck included the kindness of Hutu friends and acquaintances.
Collette was given asylum by Triphonie, an elderly woman who had helped her in the past.
Luck for others came from the fact that their tormentors were in great haste, perhaps to run
after someone else, or to share in the spoils of the genocide. But there were also those,
especially the elderly or parents who had lost all their children, who were deliberately left
alive in order, as the militia said so often, “to die of sorrow.”
Concealing the Evidence
There followed an attempt to keep the evidence from coming to the attention of visiting
journalists and the international community. This, as well as concern about the spread of
disease, prompted the office of the préfecture to initiate burials without delay. Local officials
provided bulldozers and called on prisoners from Gikongoro central prison to dump the
corpses into mass graves. The bourgmestres of Murambi and Cyanika, Semakwavu and
Ngezahayo, supervised the proceedings, which “completely lacked dignity” as one observer
admitted. The reason why was spelt out by Callixte Hategekimana, responsible for roads and
bridges in Gikongoro, who arranged for the bulldozers.
These people were looked upon as an enemy. The burial was not organized as a gesture of respect for them. Rather, it was a way of sparing the population the outbreak of an epidemic.
With thousands of victims at the two massacre sites, the burial stretched out over four days.
On 26 April, Bucyibaruta organized an unusually large summit to assess the situation and to
discuss future strategies. All the deputy-préfets, bourgmestres and councillors were in
attendance. Ngezahayo gave details about the agenda and the mood that day.
It was felt that we had achieved a great deal. Our officials were very happy as they had become convinced that Gikongoro would be regarded as the préfecture that had done the most in the genocide. Afterwards, we had beer and lots of meat.
9
It was agreed to urge the population to go back to farming and to ask civil servants to return to
work at the beginning of May. The return to normality was linked to a message intended for
the outside world. Ngezahayo emphasized another topic—how to deal with the remaining
Tutsis.
It was decided that we should say a truce had been declared, a way of making survivors come out of their hiding places, after which they were killed. The purpose was to ensure that there really would be no one left in the Tutsi community.
Kigeme hospital was one of the last places in Gikongoro to still accommodate a significant
number of Tutsis. At the end of May, they were visited by the interahamwe. Bucyibaruta,
Semakwavu and Sebuhura arrived in the midst of the massacre. They put aside a group of
women and arranged their transport to Murambi in order to convince foreigners that Tutsis
had not been massacred in Rwanda. .
Echoing the other women who went with her to Murambi, Espérance Mukagashugi described
the school as “a mass grave.”
Traces of blood were everywhere on the walls. And in the courtyard there were pools of congealed blood, blackened by the sun.
“In Murambi”, commented Suzanne Uwamurera, “we lived a very miserable life.” Their
misery included abductions, rape, hunger and thirst.
A contingent of French soldiers, part of Operation Turquoise, stationed themselves at
Murambi when they arrived in Rwanda in late June. In addition to those who were already
there, other survivors came to Murambi in search of protection. By then, the interim
government faced the prospect of military defeat, and many of the killers who had begun
retreating into Zone Turquoise were also housed at the school, making the survivors feel ill at
ease and fearful.
“ Survival in Extreme Solitude”
Survivors in Gikongoro and elsewhere lost their families and friends. They speak of being
overwhelmed by loneliness, of living with a permanent sense of emptiness. Simon Mutangana
said he did not know “how to explain the life of a survivor in Gikongoro because it is so
terrible.”
Between my wife and myself, we lost about 150 members of our extended family in Murambi. Our two daughters, aged six and four, died at Murambi; only the child my wife was carrying on her back survived. Two of my brothers were also killed in Murambi.
Loss of family is a tragedy with incalculable losses. In a country like Rwanda, the family is
not only a pool of people bound together by ties of blood, love and mutual dependence. It is
also an economic lifeline, the most basic and reliable form of social security, and a source of
practical support and protection. In a society that remains overwhelmingly rural, it is also a
vital source of labour.
10
As they mourn the immense human toll, survivors deal with other grievances which are wideranging
and cut deep. The loss of property and the destruction of their houses threw most of
them, especially those in rural communities, into sudden poverty and took away the anchor of
a family home. Fear of encountering former neighbours can still be a powerful deterrent in
cultivating their land. Didacienne, like most survivors, is haunted by the fact that she has not
been able to give her parents and siblings a dignified burial.
No-one is sure they have buried their own relatives who were at Murambi, but they try to believe it to avoid torment. Personally, I condemn myself for the fact that I have not buried my parents, brothers and sisters.
Their preoccupation with justice, seen as a prerequisite for genuine healing, is broad and their
bitterness at its limitations affects every aspect of their being. Those who seek to challenge
impunity feel targeted and sometimes intimidated into silence. The tension between him and
his neighbours is such that Déo does not dare return to live in his family’s home.
How can I live with someone who, even today, doesn’t want to tell me what happened during the genocide? Our security situation is very precarious. Those we have identified as génocidaires and their families harass and insult us everywhere we go, saying that we are accusing them for nothing because they will surely be released.
Given the unprecedented and extraordinary degree of popular participation in killing, raping
and looting, the decimation of the Tutsi community, the ties of family, friendship and
complicity between those who killed and potential witnesses, and the exodus abroad of the
planners and organizers, justice for the most part remains elusive. “In certain parts of
Gikongoro,” added Déo, “the entire Tutsi community was eliminated. There is no-one left to
accuse the perpetrators.”
The principal architects of the genocide at Murambi, the men who bear the ultimate
responsibility, live abroad. And to date, only Col. Simba has been prosecuted; in December
2005 he was given a 25 year sentence by the International Criminal Tribunal for Rwanda.
Emmanuel Nteziryayo, the bourgmestre of Mudasomwa, was arrested in the UK in December
2006 and is currently in detention awaiting extradition hearings. But the others live as free
men. Bucyibaruta is in France while Sebuhura, Semakwavu and Havugimana are thought to
be living in the Democratic Republic of the Congo. Their absence undermines the process of
justice in Rwanda, as Séraphine Mutegaraba noted.
Unfortunately, the leading organizers of the genocide, not only in Mudasomwa but elsewhere in Gikongoro, are all at liberty abroad. This is very disheartening for everyone involved in justice. Preventing Genocide and Nurturing Tolerance
Tragically, the story of Murambi is not yet over. It continues both in the pain of survivors and
in the denials from some of the perpetrators and witnesses. Attempts to deny, against all the
evidence, that the bones which now lie at Murambi are those of genocide victims are a
particular source of distress. There is as yet no well-established answer to the question of how
to promote tolerance and prevent future violence, but it seems clear from the example of the
11
1994 genocide itself that selective representations of the past can be exploited to sever
communities. We hope that the survivors and perpetrators who have been willing to publicly
testify to their experiences of the genocide in Murambi will contribute to justice and prevent
revisionist accounts.
Thomas, living close by, suggested that “Murambi will be respected, even honoured, by all
Rwandese citizens when they have a common understanding about the genocide.” The late Fr.
Modeste Mungwarareba lost some of his relatives in the massacre at Murambi and gave
considerable thought to how such an understanding might be reached. Fr. Modeste first
experienced a massacre in Gikongoro in 1963 when he was 12. In an interview before his
death, he was emphatic that only justice can lead to reconciliation and peace.
The solution to the problem, both for those who have lost their loved ones and for those who have been involved in the killings, will come through justice. Justice is the path to reconciliation and reconstruction and should be seen as a mark of respect for all those who suffered a horrific death.
To nurture the collective vision that Thomas has in mind, Fr. Modeste argued that it was
essential for perpetrators, witnesses and survivors to all remember, and encourage others to
remember, the crimes of 1994. His thoughts on the preservation of the memory of the
genocide, still apply:
The reason why they should not forget and should keep the memories alive in the hearts of others has nothing to do with perpetuating feelings of hatred and vengeance. Far from it. The purpose is rather to educate the hearts and minds of every citizen of Rwanda. The genocide was engendered by racist ideas and teaching. These racist teachings were published in books; they influenced people who read them, and ordinary people were told about them at public meetings in their commune or sector. If all this is written down, it will be like a “road sign” which directs travellers on their way through the dangerous twists and turns of life. Every Rwandese who was in the country at the time has his own story to tell of the path he trod and the events he witnessed. Writing down these personal histories for the benefit of others, helps to guard against any repeat whilst, at the same time, helping people put behind them the horror of the bloodbath they escaped.
It is in this spirit, and with the same aspirations, that “Go. If You Die, Perhaps I Will Live”: Awas
Collective Account of Death and Survival in Murambi, Gikongoro, April-July 1994
written.
27 avril 2007
Rwanda, un génocide bien plannifié
Ce "texte", publié en décembre 1990 par le journal extrémiste Kangura est en quelque sorte un texte fondateur de l'idéologie génocidaire, du moins dans une version "grand public". Trois ans et demi avant le génocide, ces "dix commandements" préfigurent la propagande haineuse qui allait être déversée par la RTLM quelque temps après et imprégner les "esprits fragiles" qui tinrent les machettes...
"Les 10 commandements du Muhutu"
1. Tout Muhntu doit savoir que Umututsikazi (1) où qu'elle soit travaille à la solde de son ethnie tutsi. Par conséquent, est traitre tout Muhutu
- qui épouse une Mututsikazi ;
- qui fait d'une Umututsikazi sa concubine ;
- qui fait d'une Umututsikazi sa secrétaire ou sa protégée.
2. Tout Muhutu doit savoir que nos filles Bahutukazi sont plus dignes et plus consciencieuses dans leur rôle de femme, d'épouse et de mère de famille. Ne sont-elles pas jolies, bonnes secrétaires et plus honnêtes !
3. Bahutukazi, soyez vigilantes et ramenez vos maris, vos frères et vos fils à la raison.
4. Tout Muhutu doit savoir que tout Mututsi est malhonnête dans les affaires. Il ne vise que la suprématie de son ethnie.
Par conséquent, est traître tout Muhutu
- qui fait alliance avec les Batutsi dans ses affaires ;
- qui investit son argent ou l'argent de l'Etat dans une entreprise d'un Mututsi ;
- qui prête ou emprunte de l'argent à un Mututsi ;
- qui accorde aux Batutsi des faveurs dans les affaires (l'octroi des licences d'importation, des prêts bancaires, des parcelles de construction, des marchés publics...).
5. Les postes stratégiques tant politiques, administratifs, économiques, militaires et de sécurité doivent être confiés aux Bahutu.
6. Le secteur de l'Enseignement (élèves, étudiants, enseignants) doit être majoritairement Hutu.
7. Les Forces Armées Rwandaises doivent être exclusivement Hutu. L'expérience de la guerre d'octobre 1990 nous l'enseigne. Aucun militaire ne doit épouser une Mututsikazi.
8. Les Bahutu doivent cesser d'avoir pitié des Batutsi.
9. Les Bahutu, où qu'ils soient, doivent être unis, solidaires et préoccupés du sort de leurs frères Bahutu.
- Les Bahutu de l'intérieur et de l'extérieur du Rwanda doivent rechercher constamment des amis et des alliés pour la Cause Hutu, à commencer par leurs frères bantous.
- Ils doivent constamment contrecarrer la propagande tutsi.
- Les Bahutu doivent être fermes et vigilants contre leur ennemi commun tutsi.
10. La Révolution Sociale de 1959, le Référendum de 1961, et l'Idéologie Hutu doivent être enseignés à tout Muhutu et à tous les niveaux. Tout Muhutu doit diffuser largement la présente idéologie.
Est traître tout Muhutu qui persécutera son frère Muhutu pour avoir lu, diffusé et enseigné cette idéologie.
1 : Femme tutsi
ET VOILA LE DISCOURS INCENDIAIRE DE LEON MUGESERA
Ce discours, tenu par Léon Mugesera lors d'un meeting du MRND à Kabaya en préfecture de Ruhengeri le 22 novembre 1992 porte en lui tous les germes du génocide à venir et tous les "ingrédients" qui feront le style des "médias du génocide" (RTLM, Kangura...) : tous les Tutsi sont des "inyenzi" (cancrelats), les Hutu démocrates sont des "traîtres", les références bibliques et les comparaisons avec les Juifs (et en particulier les Juifs éthiopiens) sont déjà là ainsi que la réécriture de l'histoire orale rwandaise. Ancien professeur à l'Université Nationale du Rwanda, ancien conseiller politique à la permanence du parti unique M.R.N.D., ex-responsable de la commission chargée de la rénovation du M.R.N.D. et ancien membre et vice-président du comité préfectoral du M.R.N.D. à Gisenyi, Léon Mugesera fait l'objet d'enquêtes du TPIR et du Parquet de Kigali. Ceci est la traduction en français par le Professeur Thomas Kamanzi, linguiste, Directeur du Centre d'Etudes Rwandaises à l'Institut de Recherche Scientifique et Technologique à BUTARE. Vous trouverez sur le site "Rwanda 94" (rubrique documents) de Michel Ognier, une mise en relation très intéressante du texte en kinyarwanda et de sa traduction en français et quelques -judicieux- commentaires. Notre mouvement, longue vie... Que le président Habyarimana ait longue vie... Que nous militants du Mouvement ici réunis, nous ayons longue vie. source : http://rwanda.free.fr/docs1_l.htm
Militants de notre mouvement, comme nous sommes tous ici réunis, je pense que vous saisirez le sens du mot que je vais vous adresser : Je vous parlerai de quatre points seulement. Dernièrement, je vous ai dit que nous avons refusé le mépris. Encore aujourd'hui, nous le refusons ! Je n'y reviendrai plus !
Quand je considère la foule immense constituée par nous tous ici réunis, il est clair que je devrais omettre de vous parler du premier point à traiter : car j'allais vous demander de vous méfier des coups de pied du MDR agonisant ! Cela est le premier point. Le deuxième point sur lequel je voudrais que nous échangions des idées, est qu'il ne faut pas que nous nous laissions envahir ! Que ce soit ici où nous nous trouvons, que ce soit aussi à l'intérieur du pays. Cela est le deuxième point. Le troisième point dont je voudrais vous entretenir est également un point important à savoir la manière dont nous devons nous comporter pour que nous nous protégions contre les traîtres et contre ceux qui veulent nous porter préjudice. Ce par quoi je vais justement terminer, c'est cette manière dont nous devons nous comporter.
Le premier point donc, que je voudrais vous soumettre, est ce point important que je voudrais porter à votre connaissance. Comme MDR, PL, FPR ainsi que le fameux parti appelé PSD et même le PDC s'agitent ces jours-ci. Sachez pourquoi ils s'agitent et ils s'agitent dans le but de porter atteinte au Président de la République, à savoir, lui le Président de notre Mouvement mais cela ne leur réussit pas. Ils s'agitent contre nos militants ; sachez la raison pour laquelle ces agitations sont en train de se produire : en fait, lorsque quelqu'un va mourir, c'est qu'il a déjà en lui la maladie ! Le voleur Twagiramungu s'est présenté à la radio en sa qualité de Président du parti, et c'est lui qui en avait fait la demande, pour y aller parler contre la CDR. Mais il y fut terrassé par cette dernière. Après qu'elle l'y eût terrassé, dans tous les taxis, partout à Kigali, des Militants du MDR, du PSD, ainsi que les complices des Inyenzi, ont été profondément humiliés, jusqu'à en devenir presque morts ! Et même Twagiramungu lui-même, a complètement disparu. Il ne s'est même plus montré dans le bureau où il travaillait ! Je vous assure que le parti de cet homme s'est couvert de honte : tout le monde a eu peur et ils ont failli en mourir ! Etant donné donc que ce parti ainsi que ceux-là qui partagent ses opinions sont des complices des inyenzi, quelqu'un de parmi eux du nom de Murego à son arrivée à Kibungo, a pris la parole pour dire : "Nous autres, nous descendons des Bahutu et effectivement nous sommes des Bahutu". On lui répondit : "Puisses-tu perdre par la mort tes frères ! Dis-donc, de qui tiens-tu ces propos relatifs aux Bahutu ?". Ils se fâchèrent jusqu'à en devenir presque morts ! C'est alors que le Premier Ministre du nom, dit-on, de je ne sais pas s'il faut dire Nsengashitani (Je-prie-Satan) ou (Nseng) Iyaremye (Je-prie-le-Créateur) s'est mis en route vers Cyangugu pour aller empêcher aux Bahutu de se défendre contre les Batutsi qui posaient des mines contre eux. Vous avez entendu cela à la radio. Alors on l'a raillé, vous l'avez vous-même entendu, et il a perdu la tête, lui et tous les militants de son parti, ainsi que ceux des autres partis qui partagent ses opinions. Vous comprenez donc que c'est à ce moment où ces gens venaient d'essuyer un tel revers, que le président de notre parti, son Excellence le Général-Major Habyarimana Juvénal a pris la parole à son arrivée à Ruhengeri. L'"Invincible" s'est présenté solennellement, tandis que les autres-là disparaissent sous terre ! Dans leurs agitations, ces gens étaient presque morts de s'agiter, car ils avaient appris que tout le monde, y compris même ceux qui se réclamaient d'autres partis, étaient en train de les quitter pour revenir dans notre parti, grâce au discours de notre Chef. Leurs coups de pied menaceraient le plus averti. Néanmoins, étant donné notre nombre, je me rends compte que nous sommes si nombreux qu'ils ne pourraient pas trouver où les donner : ils perdent leur temps ! C'est donc là le premier point. Le MDR et les partis qui partagent ses opinions sont en train d'agoniser. Evitez leurs coups de pied. Comme je l'ai constaté, même un coup d'ongle ne pourra vous effleurer !
Le deuxième point dont j'ai décidé de vous entretenir, c'est de ne pas vous laisser envahir. A tout prix, vous quitterez ces lieux en emportant avec vous cette parole, à savoir ne pas vous laisser envahir. Dis-donc, toi homme, toi père ou mère ici présents, si quelqu'un vient un jour s'installer dans ton enclos et y défèque, accepteras-tu encore réellement qu'il y revienne ? Cela est tout à fait interdit. Sachez que la première chose importante...vous avez vu ici nos frères de Gitarama. Leurs drapeaux, c'est moi qui les ai distribués lorsque je travaillais au siège de notre parti. Partout à Gitarama, on les a hissés. Mais quand tu viens de Kigali, que tu continues d'avancer pour pénétrer dans Kibilira, plus aucun drapeau du MRND ne s'y trouve : on les a descendus ! Quoi qu'il en soit, vous le comprenez vous-même, les prêtres nous ont appris de bonnes choses ; notre Mouvement aussi est un mouvement pour la paix. Cependant, il faut qu'on sache que, pour notre paix, il n'y a pas d'autre moyen de l'avoir que de se défendre soi-même. Certains ont cité l'adage suivant : "Qui veut la paix prépare toujours la guerre". C'est ainsi donc que, dans notre préfecture de Gisenyi, c'est la quatrième ou la cinquième fois que j'en parle, ce sont eux qui ont agi les premiers. Il est écrit dans l'Evangile que si l'on te donne une gifle sur une joue, tu offriras l'autre pour qu'on tape dessus. Moi je vous dis que cet Evangile a changé dans notre mouvement : si on te donne une gifle sur une joue, tu leur en donneras deux sur une joue et ils s'effondreront par terre pour ne plus reprendre leurs esprits ! Ici donc, plus rien de ce qui s'appelle leur drapeau, plus rien de ce qui s'appelle leur bonnet, plus rien même de ce qui s'appelle leur Militant ne doit venir sur notre sol pour y prendre la parole : je veux dire dans tout Gisenyi, sur toute son étendue !
(un proverbe) dit : "L'(hyène) mange les autres mais lorsqu'on va la manger elle se fait amère" ! Qu'ils sachent qu'un homme en vaut un autre ; notre enclos aussi (le parti) ne se laisse pas non plus envahir. Sachez donc que se laisser envahir est interdit ! Il y a également une autre chose dont je voudrais vous parler au sujet de "ne pas se laisser envahir" et que vous devez refuser car ce sont des choses effrayantes. Notre aîné Munyandamutsa vient de vous dire ce qu'il en est en ces mots : "Nos inspecteurs actuellement au nombre de cinquante-neuf à travers le pays viennent d'être chassés". Dans notre préfecture de Gisenyi il y en a huit ! Dites-moi, chers parents ici réunis, avez-vous jamais vu, je ne sais pas si elle est encore une mère de famille, avez-vous jamais vu donc cette femme qui dirige le Ministère de l'Education, venir elle-même savoir que vos enfants ont quitté la maison pour aller faire étude ou retourner à l'école ? N'avez-vous pas entendu qu'elle a dit que désormais plus personne ne retournera à l'école ? Et maintenant, elle s'en prend aux éducateurs ! Je voudrais porter à votre connaissance qu'elle les a convoqués à Kigali pour leur dire qu'elle ne veut plus entendre qui que ce soit dire qu'un Inspecteur-éducateur s'est fait inscrire dans un parti politique. Ils lui ont répondu : "Quitte d'abord ton parti parce que toi-même tu es Ministre et tu te trouves dans un parti politique et alors nous suivrons ton exemple". Elle y est encore ! Vous avez entendu également à la Radio que ces jours elle insulte même notre Président ! Avez-vous jamais entendu une mère aller proférer des injures publiquement ? Ce que je voudrais donc vous dire ici, et c'est la vérité, ce n'est pas un doute pour dire que ce serait ceci ou cela, c'est qu'il y aurait, paraît-il, parmi eux des gens qui se seraient comportés de manière légère. Ils sont poursuivis pour leur appartenance au MRND, vous l'avez entendu ? Ils sont poursuivis pour leur appartenance au MRND. Franchement, accepterons-nous qu'ils viennent nous envahir pour nous arracher au MRND et nous prendre nos hommes ?
Je vous demande de mener deux actions très importantes. La première est que vous écriviez à cette femme éhontée qui profère des injures publiquement et sur les antennes de notre Radio à nous tous les Rwandais. Que vous lui écriviez pour lui faire savoir que ces éducateurs qui sont des nôtres, sont irréprochables quant à leurs mœurs et comportements et qu'ils s'occupent avec soin de nos enfants ; qu'il faut que ces éducateurs continuent d'éduquer nos enfants, et qu'il faut qu'elle s'amende. Cela est la première action que je vous demande de mener. Et alors vous signeriez tous massivement : le papier ne manquera absolument pas. Si vous attendez quelques jours sans qu'elle réponde, environ sept jours seulement, car vous enverrez la lettre confiée à quelqu'un pour la faire parvenir à destination afin qu'il sache qu'elle l'a reçue, s'il se passe donc sept jours sans qu'elle réponde et qu'elle se permet de faire en sorte qu'une autre personne vienne remplacer les inspecteurs en place, retenez-le bien, si elle croit qu'il peut y avoir quelqu'un qui viendra le remplacer (l'inspecteur), pour celui-là qui viendra... l'endroit d'où le ministre est originaire est le lieu appelé Nyaruhengeri, à la frontière du Burundi, (exactement) à Butare, vous demanderez à cet homme de prendre le chemin, avec sa provision de route sur la tête, pour aller être l'inspecteur à Nyaruhengeri. Que tous ceux qu'elle aura nommés se retrouvent là-bas, qu'ils aillent à Nyaruhengeri pour s'occuper de l'éducation de ses enfants. Quant aux nôtres, ils poursuivront leur éducation par les nôtres. Ceci est encore un point important pour lequel nous devons prendre des décisions : ce n'est pas du tout nous laisser envahir, c'est un tabou !
Une autre chose qu'on peut appeler "ne pas se laisser envahir" dans le pays, vous connaissez des gens qu'on appelle "inyenzi" (cancrelats), ne les appelez plus "inkotanyi" (combattants tenaces), car ce sont tout à fait des "inyenzi". Ces gens appelés inyenzi se sont mis en route pour nous attaquer.
Le Général-Major Habyarimana Juvénal, aidé du Colonel Serubuga que vous avez vu ici présent et qui était son adjoint dans l'armée au moment où nous avons été attaqués, (les deux) se sont levés pour se mettre à l'œuvre. Ils ont repoussé les "inyenzi" hors de la frontière d'où ils étaient arrivés. Et alors ici, permettez-moi de vous faire rire! Entre temps étaient arrivés ces gens-là qui convoitaient le pouvoir. Et après l'avoir obtenu, ils ont pris le chemin vers Bruxelles. A leur arrivée à Bruxelles, notez qu'il s'agit du MDR, du PL et du PSD, ils se mirent d'accord pour livrer coûte que coûte la Préfecture de Byumba. Ils se concertèrent pour décourager coûte que coûte nos soldats. Vous avez entendu ce que le Premier Ministre en personne a dit. Il a dit qu'ils allaient (les soldats) descendre dans les marais (cultiver) alors que la guerre faisait rage ! C'est à ce moment-là que ceux qui avaient un moral faible parmi eux ont abandonné leurs positions et les "inyenzi" les ont occupées. En effet, ces derniers se sont rendus là-bas à Byumba et eux (les soldats gouvernementaux) allèrent piller les magasins de nos commerçants de Byumba, de Ruhengeri et de Gisenyi. C'est d'ailleurs l'Etat qui devra les indemniser car c'est lui qui a créé cette situation. Ce n'est pas un de nos commerçants (qui l'a créée) car il ne demandait même pas de crédit ! Pourquoi un crédit ? ce sont ces gens-là donc qui nous ont poussés à nous laisser envahir. La punition de telles personnes n'est rien d'autre : "Toute personne qui démoralisera les forces armées du pays sur le front sera passible de la peine de mort". Cela est prescrit par la loi. Pourquoi ne tuerait-on pas cet individu ? Nsengiyaremye doit être traduit en justice pour être condamné. La loi est là et elle est écrite. Il doit être condamné à la peine de mort comme c'est écrit. Mais ne vous effrayez pas par le fait même qu'il soit Premier Ministre. Vous avez entendu ces derniers temps dire à la radio que même des Ministres français peuvent désormais être traduits en justice ! Sera passible de peine de mort, en temps de guerre, toute personne qui livrera une portion du sol national, ne fût-ce qu'un infime morceau. Twagiramungu l'a dit sur les antennes de la radio et la CDR lui a réglé son compte à la radio. Les Militants de son (parti) ont alors perdu la tête, imaginez-vous ! Je voudrais porter à votre connaissance que cet homme qui a livré Byumba sur les antennes de la Radio tandis que nous tous rwandais, ainsi que tous les pays étrangers, l'entendions, cet homme subira la peine de mort. C'est écrit, interrogez les juges, ils vous montreront où cela se trouve, je ne vous mens pas ! Sera passible de peine de mort toute personne qui livrera ne fût-ce qu'un infime morceau du Rwanda. Et qu'attends encore cet individu ?
Vous savez ce que c'est, chers parents, "ne pas se laisser envahir", oui, vous le savez. Vous savez qu'il y a au pays des "inyenzi" qui ont profité de l'occasion pour envoyer leurs enfants au front, pour aller secourir les "inkotanyi". Ca, c'est quelque chose dont vous entendez parler vous-mêmes. Vous savez qu'hier je suis rentré de Nshili dans Gikongoro à la frontière du Burundi, en passant par Butare. Partout, on m'a fait rapport du nombre de jeunes qui sont partis. On m'a dit : "Là où ils passent, ainsi que celui qui les conduit...pourquoi ne sont-ils pas arrêtés en même temps que leurs familles ? " Je vous le dis donc maintenant, cela est écrit dans la loi, dans le livre du Code Pénal : "Sera passible de peine de mort toute personne qui recrutera des soldats en les cherchant parmi la population, en cherchant partout des jeunes qu'elle ira donner aux forces armées étrangères qui attaqueront la République". C'est écrit. Pourquoi n'arrête-t-on pas ces parents qui ont envoyé leurs enfants et pourquoi ne les extermine-t-on pas ? Pourquoi n'arrête-t-on pas ceux qui les amènent et pourquoi ne les extermine-t-on pas tous ? Attendons-nous que ce soit réellement eux qui viennent nous exterminer ?
Je voudrais vous dire que maintenant nous demandons que ces gens-là soient mis sur une liste et qu'ils soient traduits en justice pour qu'ils soient jugés en notre présence. Au cas où il arriverait qu'ils (les juges) refusent, il est écrit dans la constitution que "ubutabera bubera abaturage". En français, cela veut dire que "LA JUSTICE EST RENDUE AU NOM DU PEUPLE". Au cas où donc, la justice n'est plus au service du peuple, comme cela est écrit dans notre constitution que nous avons votée nous-mêmes, c'est à dire qu'à ce moment, nous autres composantes de la population au service de laquelle elle devrait se mettre, nous devons le faire nous-mêmes en exterminant cette canaille. Ceci je vous le dis en toute vérité, comme c'est écrit dans l'Evangile : "Lorsque vous accepterez qu'en venant vous mordre, un serpent reste attaché à vous avec votre accord, c'est alors vous qui serez anéantis".
Je vous apprends qu'il y a un jour et une nuit, je ne sais pas si c'est tout juste, un petit groupe d'hommes armés de fusils s'est rendu dans un cabaret pour exiger de présenter des cartes. Ils placèrent ceux du MDR là-bas à part. Ceux du PL, vous vous en doutez, ils les placèrent là-bas à part et même ceux du PDC, ces autres là, qui se font passer pour des chrétiens, ils les placèrent là-bas à part. Lorsqu'un membre du MRND a exhibé sa carte, ils l'ont immédiatement mitraillé ; je ne vous mens pas, qu'on vous le dise même à la radio ; ils ont tiré sur cet homme et se sont éclipsés dans les marais de Kigali pour prendre fuite, après avoir déclaré qu'ils étaient des "Inkotanyi". Dites-moi donc, ces jeunes gens s'en vont munis de notre carte d'identité, puis ils reviennent armés de fusils au nom d'"Inyenzi" ou de leurs complices, pour tirer sur nous ! Qu'un représentant local du MDR ne vive plus dans cette commune ni dans cette préfecture, parce que c'est un complice ! Les représentants de ces partis-là, qui collaborent avec les "Inyenzi", je vous le dis sans vous mentir, ne veulent que nous exterminer : ils n'ont pas d'autre objectif. Et nous devrons leur dire la vérité. Moi, je ne leur cache rien du tout. L'objectif qu'ils poursuivent est bien celui-là. Je voudrais vous dire donc que les représentants de ces partis-là qui collaborent avec les "Inyenzi", à savoir le MDR, le PL, le PSD, le PDC et d'autres groupuscules rencontrés ici et là, qui s'y rattachent et ne font que vagabonder, tous ces partis, ainsi que leurs représentants doivent aller habiter à Kayenzi chez Nsengiyaremye ; ainsi nous saurons où se trouvent ceux avec qui nous sommes en guerre.
Mes frères, militants de notre Mouvement, ce que je vous dis là n'est pas une plaisanterie, c'est plutôt vous parler en toute vérité pour que, si un jour quelqu'un se voit attaquer au fusil par eux, vous ne veniez pas nous dire que nous qui représentons le parti ne vous avons pas avertis ! Maintenant donc, je vous le dis pour que vous le sachiez. Et si quelqu'un a envoyé un enfant parmi les "Inyenzi", qu'il les rejoigne avec sa famille et sa femme pendant qu'il est encore temps, car le temps est arrivé pour que nous aussi, nous nous défendions, afin que... Nous n'accepterons jamais de mourir parce que la loi refuse de jouer son rôle !
Je vous apprends que le jour où on a fait des manifestations, le jeudi, ils ont battu nos hommes qui ont dû se réfugier dans l'église se trouvant en bas du Rond-Point. Ces gens dits chrétiens du PDC les ont poursuivis et sont allés les battre dans l'église. D'autres se sont réfugiés dans le Centre Culturel Français. Je voudrais donc vous dire qu'ils ont commencé à tuer. C'est tout, il en est ainsi ! Ils s'attaquent aux habitations et tuent. Maintenant, celui dont on entend dire qu'il est membre du MRND est battu et tué par eux ; c'est ainsi que ça se passe. Maintenant donc, il faut que ces gens qui représentent leurs partis dans notre préfecture prennent le chemin pour aller habiter avec les "inyenzi", nous n'acceptons pas du tout que des gens qui vivent parmi nous nous tirent dessus tout en étant à nos côtés.
Un autre point important dont je voudrais vous entretenir pour que nous ne continuions pas à nous laisser envahir : vous entendez parler des pourparlers d'Arusha. Je n'en parlerai pas longtemps car le représentant du Secrétaire Général (du Mouvement) en parlera d'une manière détaillée. Mais ce que je vais vous dire c'est que les délégués dont vous entendez dire qu'ils sont à Arusha ne représentent pas le Rwanda. Ils ne représentent pas tout le Rwanda, et je vous le dis en toute vérité. Les délégués du Rwanda, qui sont dits du Rwanda, sont conduits par un "Inyenzi" qui y va pour s'entretenir avec les "Inyenzi", comme cela se dit dans un chant que vous entendez de temps en temps, où il est dit : "Il est Dieu né de Dieu". De même eux, c'est "Inyenzi né d'Inyenzi qui parle au nom d'Inyenzi". Quant à ce qu'ils vont dire à Arusha, c'est cela même que ces complices des "Inyenzi" vivant ici sont allés dire à Bruxelles. Ils vont travailler à Arusha pour que tout cela soit attribué au Rwanda alors qu'il n'y a rien qui ne soit de Bruxelles qui se passe là-bas ! Et même ce qui vient du Rwanda ne vient pas du tout de notre gouvernement : c'est une affaire de Bruxelles qu'ils se mettent sur la tête pour l'emporter avec eux à Arusha ! C'est donc un "Inyenzi" qui traite avec un autre ! Quant à ce qu'on appelle "pourparlers", nous ne sommes pas contre les pourparlers. Je voudrais vous dire qu'ils ne viennent pas du Rwanda : ce sont des "Inyenzi" qui discutent avec des "Inyenzi" et sachez-le une fois pour toute ! En tout cas, nous n'accepterons jamais ces choses qui proviendront de là-bas !
Un autre point dont je vous ai entretenu est que nous devons nous défendre. J'en ai parlé brièvement. Mais, je vous dis qu'il faut que nous nous levions ! On m'a chuchoté à l'oreille il y a un instant que ce ne sont pas les parents seuls qui doivent se lever en même temps que les enseignants au sujet du fameux problème de nos inspecteurs. Mais même celui qui n'a pas d'enfant à l'école, celui-là aussi devrait les soutenir car lui aussi en aura un demain ou bien il en avait un avant-hier. Levons-nous donc tous et signons !
Le deuxième point dont je vous entretiendrai est le suivant : c'est que nous avons neuf ministres dans le présent gouvernement. De la même façon qu'ils se sont levés pour chasser nos inspecteurs en se fondant sur leur Ministère, qu'ils se sont levés pour chasser des enseignants des écoles secondaires...il y a quelques jours, vous avez entendu que la fameuse femme circulait dans les écoles. Aucun autre motif ne l'y poussait si ce n'est que de chasser les inspecteurs et les enseignants qui s'y trouvaient et qui n'étaient pas dans son Parti. Vous avez entendu ce qui se fait au Minitrape : il ne s'agit pas que de détournement, même on s'en est pris à nos travailleurs ! Vous avez entendu ce qui se passe à la Radio, ainsi que l'émission de Byumba qu'on a étouffée. Vous avez entendu comment tout cela se passe. Je voudrais vous dire donc qu'il faut que nous demandions à nos Ministres que eux aussi, il y a des gens qui travaillent pour leurs partis et qui se trouvent dans nos Ministères... Vous avez entendu parler par exemple du Militant-Ministre Ngirabatware, qui n'est pas présent ici parce que le pays lui a confié une mission importante. J'ai visité son Ministère jeudi. Il y avait là-dedans une petite poignée de gens, ce n'est pas que je me sous-estime parce que je suis dans le MRND, (une poignée de) quelques personnes du MRND, ceux qui s'y trouvent sont exclusivement des "Inyenzi" appartenant au PL et au MDR ! Ce sont eux qui se trouvent dans le Ministère du Plan ! Vous comprenez que si ce Ministre disait : "Si vous touchez à nos inspecteurs, les vôtres également, je vais les liquider". Que se passerait-il ? Que nos Ministres eux aussi secouent le sac pour que la vermine qui se trouve chez eux disparaisse pour aller dans les Ministères des leurs.
Une chose importante que je demande encore à tous ceux qui travaillent et qui sont au sein du MRND : "Unissez-vous !". Que celui qui est chargé des finances, comme les autres s'en servent, lui aussi apporte l'argent pour que nous nous en servions. Qu'il en soit de même pour celui qui en a à son propre compte. Le MRND le lui a donné pour l'aider et le soutenir, afin que, lui aussi, puisse subvenir à ses besoins en sa qualité d'homme. Comme ils ont l'intention de lui couper le cou, qu'il l'apporte (l'argent) pour que nous leur coupions les cous ! Souvenez-vous que la base de notre Mouvement est la cellule, que la base de notre Mouvement est le secteur et la Commune. Il (le Président) vous a dit qu'un arbre qui a des branches et a des feuilles sans avoir des racines meurt. Nos racines sont fondamentalement là-bas. Unissez-vous encore, bien sûr vous n'êtes plus rémunérés, que nos membres des cellules se mettent ensemble. Si quelqu'un pénètre dans la cellule, surveillez-le du regard et écrasez-le ; s'il est complice, qu'il ne puisse plus en sortir ! Oui, qu'il ne puisse plus en sortir !
Dernièrement j'ai dit à quelqu'un qui venait de se vanter devant moi d'appartenir au PL. Je lui ai dit : "L'erreur que nous avons commise en 1959 est que, j'étais encore un enfant, nous vous avons laissés sortir". Je lui ai demandé s'il n'a pas entendu raconter l'histoire des Falashas qui sont retournés chez eux en Israël en provenance de l'Ethiopie ? il m'a répondu qu'il n'en savait rien ! Je lui ai dit : "Ne sais-tu pas donc ni écouter ni lire ? moi, je te fais savoir que chez toi c'est en Ethiopie, que nous vous ferons passer par la Nyabarongo pour que vous parveniez vite là-bas".
Quant à ce que je vous dis, qu'il faut que nous nous levions, nous devons nous lever réellement. Ce par quoi je vais terminer est une chose importante. Hier j'étais à Nshili, vous avez appris que les Barundi nous ont calomniés, j'étais allé vérifier la vérité. Avant que je n'aille là, des gens m'avaient dit que je n'en reviendrais pas. Que j'y mourrai. J'ai répondu : "Si je meurs, je ne serai pas la première victime à être sacrifiée". A Nshili donc, on a destitué le bourgmestre qui y était avant, sous prétexte qu'il serait, paraît-il, vieux ! Qu'il aurait commencé à travailler en 1960 ! Et pourtant, hier je l'ai vu, il est encore jeune homme ! Mais parce qu'il était dans le MRND, il a quitté ! Ils ont voulu y mettre un voleur ; cela n'a pas marché non plus. Quand on y mit un homme honnête, ils (la population) l'ont refusé ! Aujourd'hui, cette commune appelée Nshili est administrée par un conseiller qui, lui non plus ne sait que faire ! A cet endroit donc dit Nshili, nous y avons des forces armées du pays qui gardent la frontière. Il y a là des gens appelés des JDR, pour la bonne raison que nos militaires nationaux sont disciplinés et ne tirent sur personne, surtout ils ne tireraient pas sur un rwandais, sauf si c'est un "Inyenzi", ces militaires n'ont pas su que toutes les personnes du MDR étaient devenues des "Inyenzi" ! Ceux-ci les ont encerclés et ont arrêté nos gendarmes, à tel point qu'un citoyen qui n'est pas dans notre parti m'a dit personnellement : "Ce que je souhaite c'est qu'on nous apporte les élections pour que nous élisions un Bourgmestre. Sinon, avant qu'il ne vienne, qu'on réinstalle provisoirement celui-là qui y était avant parce qu'à voir où en sont arrivées les choses, il ne pourra pas remettre les citoyens sur la bonne voie".
Chers parents, chers frères, je voudrais vous dire une chose importante : les élections doivent avoir lieu, nous devons tous élire. Comme vous êtes maintenant tous réunis ici, y a-t-il quelqu'un qui a donné un coup d'ongle à un autre ? On parle de sécurité. On dit que nous ne pouvons pas élire. N'allez-vous pas à la messe dimanche ? N'êtes-vous pas venus ici au meeting ? Au MRND, n'avez-vous pas élu les responsables à tous les échelons ? Ceux-là même qui le disent, ne font-ils pas la même chose ? N'ont-ils pas élu ? Pour ce prétexte qu'ils avancent, il n'y a aucune raison qui nous empêche d'élire à cause de la sécurité, parce que eux-mêmes se promènent dans le pays et les troubles qui ont lieu, ce sont eux qui les provoquent. C'est là le premier mot que je voulais vous adresser : ils nous trompent tous, même ici où nous sommes, nous pouvons élire. Deuxièmement, ils se fondent sur les déplacés de guerre se trouvant à Byumba. Je voudrais vous faire savoir que personne n'est allé demander à ces gens s'il ne veulent pas élire. A moi personnellement ils ont dit qu'ils avaient auparavant des conseillers paresseux, que même certains parmi leurs Bourgmestres étaient des paresseux. Etant donné que le Ministère qui leur porte les vivres est surveillé par un "Inkotanyi" ou plutôt l'"Inyenzi" Lando, celui-ci a choisi des gens appelés "Inyenzi" et leurs complices qui sont dans ce pays et c'est à eux qu'il a confié la mission de porter les vivres à ces gens. Au lieu de les leur porter là-bas, ils les vendent pour aller acheter des munitions qu'ils portent aux "Inyenzi" qui nous tirent dessus ! Je voudrais vous dire qu'ils ont dit : "On tire sur nous par derrière, et vous, vous tirez sur nous par devant en nous envoyant cette canaille nous apporter des vivres". Je n'ai pas trouvé de quoi leur répondre et ils ont poursuivi : "Ce que nous souhaitons, disent-ils, c'est que parmi nous, nous puissions élire des responsables, des conseillers, des responsables des cellules, un Bourgmestre ; que nous puissions savoir que nous sommes avec lui ici au camp, qu'il nous protège, qu'il nous cherche des vivres". Vous comprenez que ce que m'ont dit ces hommes et ces femmes qui ont fui dans ces circonstances que vous entendez de temps en temps, à gauche, à droite, c'est qu'ils souhaitent eux aussi des élections ; tout le pays souhaite des élections pour qu'il soit dirigé par des braves comme cela se passait habituellement. Comprenez donc, ce que nous devrions tous faire, c'est cela, c'est réclamer ces élections. Pour que je puisse terminer donc, je voudrais vous rappeler toutes les choses importantes dont je viens de vous entretenir : la plus essentielle est de ne pas nous laisser envahir, de peur que même ceux-là qui agonisent n'emportent personne parmi vous. N'ayez pas peur, sachez que celui à qui vous ne couperez pas le cou, c'est celui-là même qui vous le coupera. Je vous dis donc que ces gens là devraient commencer à partir pendant qu'il est encore temps et à aller habiter parmi les leurs ou aller même parmi les "Inyenzi" au lieu d'habiter parmi nous en conservant des fusils, pour que quand nous serons endormis, ils nous tirent dessus. Faites donc les plier bagage, qu'ils prennent le chemin du départ, de façon que plus personne ne revienne ici prendre la parole et que plus personne n'apporte des chiffons prétendus être des drapeaux !
Autre chose d'important, c'est que nous devons nous lever, nous lever comme un seul homme...si quelqu'un touche à un des nôtres, qu'il ne trouve pas où passer. Nos inspecteurs n'iront nulle part. Ceux qu'ils placeront prendront le chemin pour aller à Nyaruhengeri, chez la ministre Agathe, s'occuper de l'éducation de ses enfants ! Retenez-le bien ! Ce par quoi je termine, c'est une chose importante: c'est les élections. Et je vous remercie de m'avoir prêté l'oreille et je vous remercie aussi pour le courage que vous avez, dans vos bras et dans vos cœurs. Je sais que vous êtes des hommes, que vous êtes des jeunes filles adultes, des pères et des mères qui ne se laissent pas envahir, qui refusent le mépris.
Ayez une longue vie ! Au Président Habyarimana, longue vie... A vous, longue vie et prospérité...
02 mai 2007
GENOCIDE: Ban Ki-moon rappelle au monde entier
(Le Devoir 02/05/2007) © Copyright Le Devoir
Le Secrétaire général des Nations-unies (Onu), Ban Ki-moon a rappelé lundi soir à la communauté internationale le génocide rwandais de 1994 et a appelé tout le monde à "ne jamais s’arrêter de travailler pour prévenir un autre génocide".
M. Ban Ki-moon a fait cette déclaration à l’ouverture d’une exposition au siège des Nations-unies à New York, portant sur les leçons à tirer du génocide rwandais de 1994. "La prévention du génocide est une responsabilité collective et individuelle", a-t-il déclaré, soulignant que les gouvernements, les médias, les organisations religieuses, la Société civile et même les individus ont un rôle important à jouer dans la prévention du génocide. Il a ainsi appelé les Etats membres de l’Onu à donner une "signification réelle" au principe qui leur donne la responsabilité de protéger les populations exposées au génocide ou aux crimes de guerre, principe sur lequel ils ont convenu lors d’un sommet mondial en 2005.
"En ouvrant cette exposition, nous pensons aux victimes, les plus de 800.000 personnes innocentes qui ont péri de manière terrible. Puissent-elles continuer à reposer en paix", a-déclaré le patron de l’Onu lors de cette cérémonie chargée d’émotion. Il a aussi rappelé la visite qu’il a faite dans un mémorial du génocide au Rwanda avant sa nomination au poste de Secrétaire général des Nations unies et a souligné que l’impression qu’il a eue lui restera toujours dans l’esprit. "Toute personne qui se rend à cet endroit ne peut pas revenir sans pleurer, sans se sentir très humiliée par ce qui s’est passé et par le fait que la communauté internationale n’ait pas réagi à temps", a- t-il ajouté. "Nous pensons aussi aux survivants dont la résistance continue de nous inspirer, à nos collègues de la famille des Nations unies qui sont tombés dans leur mission de maintien de la paix, ainsi qu’aux civiles qui ont péri dans l’exercice de leur devoir pendant le génocide", a-t-il ajouté.
Cette exposition, qui avait été reportée au début de ce mois et qui a finalement eu lieu dans le hall des visiteurs du siège des Nations unies, est une chronique de ce qui s’est passé au Rwanda. Elle met en exergue le rôle des nations dans la prévention du génocide, souligne la détresse des victimes, particulièrement celles qui ont souffert de violence sexuelle et expose en détail les signes d’avertissement contre le génocide. Elle est organisée par une Ong basée au Royaume-Uni, Aegis Trust, en partenariat avec le Département de l’information des Nations unies (Dpi) et va durer trois semaines. Elle comprend aussi des dizaines de panels d’informations ainsi qu’un film sur le témoignage de trois femmes qui ont survécu au génocide. L’exposition avait été arrêtée le mois dernier après que les diplomatiques turcs aux Nations unies se sont opposés aux références faites au génocide arménien en Turquie pendant la première Guerre mondiale.
(Pana)
26 août 2009
Génocide rwandais : un témoin clé se rétracte (le monde du 26/08/2009)
Qui a tiré les missiles qui, en abattant l'avion du président rwandais Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994, ont donné le signal du génocide des Tutsi ? Quinze ans après la tragédie, cette énigme jamais élucidée reste au centre du lourd contentieux politico-judiciaire qui oppose la France et le Rwanda.
Un long témoignage, recueilli le 31 mai à Kigali, la capitale du Rwanda, par l'écrivain Jean-François Dupaquier, et dont Le Monde a pu visionner l'intégralité, tend à remettre en cause les conclusions du juge Jean-Louis Bruguière accusant les rebelles tutsi du général Paul Kagamé - l'actuel chef de l'Etat - d'avoir commis cet attentat.
Dans ce document, Richard Mugenzi réfute le témoignage qui avait fait de lui l'un des témoins clés étayant les accusations du juge français. Cet opérateur radio, qui travaillait pour le service d'espionnage de l'armée du président Habyarimana, avait été entendu en 2001 dans le cadre de la procédure française. Il avait alors affirmé avoir, le lendemain de l'attentat, "personnellement intercepté" et "retranscrit" un message des rebelles tutsi félicitant l'"escadron renforcé" chargé d'abattre l'avion présidentiel. Aujourd'hui, il explique que ce message, comme bien d'autres, lui avait été dicté par ses supérieurs au titre d'opérations de désinformation, et qu'il ne l'avait donc pas capté sur les fréquences de l'armée dirigée par M. Kagamé.
Très sûr de lui, M. Mugenzi, 48 ans, affirme que le groupe d'officiers extrémistes hutu qui contrôlait le centre d'écoutes radio lui transmettait des messages rédigés par leurs soins qu'il transcrivait comme s'il les avait interceptés. Leur teneur visait à accuser l'ennemi tutsi et à attiser la haine contre lui. "Beaucoup de télégrammes étaient écrits au lieu d'être interceptés", assure aujourd'hui M. Mugenzi dans la vidéo recueillie par Jean-François Dupaquier.
Interrogé sur le message du 7 avril félicitant les auteurs de l'attentat, il précise : "Tous les messages qui avaient trait à la propagande, comme ce message-là, étaient écrits par lui (le colonel Nsengyumva, considéré comme l'un des cerveaux du génocide), et transcrits sur des fiches et des télégrammes (...). Je savais qu'à chaque fois qu'ils me disaient d'écrire, il y avait un coup qu'ils voulaient faire." Réagissant à la lecture de plusieurs messages accusant le FPR, il répète : "Ils étaient écrits sur un bulletin de transmission, je les ai recopiés." Et d'en conclure : "Je sais que l'attentat contre l'avion n'a rien à voir avec le FPR (le Front patriotique rwandais de Paul Kagamé)."
Interrogé dimanche 23 août par téléphone sur les raisons de son retournement, Richard Mugenzi affirme au Monde n'avoir jamais rencontré le juge Bruguière. Il précise que les enquêteurs qui l'ont interrogé à Arusha (Tanzanie) pour le compte du magistrat français "ne faisaient pas la distinction entre messages interceptés et messages reçus", et qu'il n'a pas jugé bon de les informer d'une manipulation qu'ils n'ont jamais eux-mêmes évoquée. "Je n'ai répondu qu'aux questions qu'on m'a posées", explique-t-il.
L'homme qui a vécu de 1998 à 2008 à Arusha, où il collaborait au Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), est rentré récemment dans son pays. Chercherait-il à assurer sa sécurité en faisant ces déclarations dédouanant le FPR au pouvoir à Kigali ? "Je veux que la vérité soit connue, assure-t-il. Je n'ai jamais été dérangé par le pouvoir d'ici."
Jean-François Dupaquier, qui prépare un livre sur les origines du génocide, reconnaît que "les services rwandais ont pu retourner Richard Mugenzi". Mais, poursuit-il, "s'il dit la vérité, le message accusant le FPR ressemble au bordereau de l'affaire Dreyfus (utilisé pour accuser faussement le capitaine), et c'est énorme."
Le moment où est rendu public le témoignage de l'ancien opérateur radio invite à la circonspection. Depuis neuf mois, Kigali cherche, avec l'aide de la France, à déconsidérer l'enquête Bruguière. Paris a longtemps soutenu cette procédure qui, en accusant les Tutsi, permettait de relativiser le soutien français au régime génocidaire.
L'élection de M. Sarkozy a marqué un tournant radical. L'enquête de Jean-Louis Bruguière, dont ont hérité les juges Marc Trévidic et Philippe Coirre, est désormais considérée comme l'obstacle majeur à une réconciliation et au rétablissement des relations diplomatiques rompues depuis que, en novembre 2006, Jean-Louis Bruguière a délivré des mandats d'arrêt visant neuf dignitaires rwandais.
Négociée entre les deux pays, l'arrestation en novembre 2008, à Francfort, de Rose Kabuyé, une proche de M. Kagamé figurant parmi les neuf personnalités visées, a permis au Rwanda de prendre connaissance du contenu de l'enquête et de préparer la contre-attaque. Trois jours plus tard, Abdul Ruzibiza, témoin fondamental du juge Bruguière, affirmait dans un entretien accordé à une radio rwandaise avoir inventé ses accusations.
Les "aveux" parallèles de Richard Mugenzi viennent eux aussi à point nommé pour affaiblir la procédure et faire pression sur Paris. Ils sont rendus publics quelques semaines après que le président Kagamé a menacé publiquement de s'opposer au retour en France de Rose Kabuyé qui, autorisée à rentrer provisoirement au Rwanda, doit être réentendue à Paris par les juges à la mi-septembre. Entre la justice chargée de déterminer les auteurs de l'attentat perpétré voici quinze ans, et des chefs d'Etat qui ont hâte de renouer, l'épreuve de force est désormais largement engagée.
Article paru dans l'édition du 26.08.09.

